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    ... ton prochain comme toi-même. .Cette phrase de la bible a été réduite à une formule elliptique, c'est une "équation à deux inconnues" : qui est le prochain ? Qui suis-je ? Pourquoi et comment, dois-je et puis-je aimer ce prochain qui m'est étranger ?


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    Évidement, on se demande quel concept philosophique peut bien se cacher derrière un jeu de mot aussi idiot : aucun. Absurdité et non-sens. Humour estudiantin et potache. En revanche, la réflexion et la profondeur sont ailleurs : dans des brides de conversations volées à la terrasse d'un café, à l'écoute d'une pensée en train de se révéler ou dans un montage sonore et musical parfois quasi-cabalistique.

    Car il faut savoir écouter pour entendre... 

     

    Souvent, pour commencer, on m'offre à boire : uncafé, un thé, plus rarement une bière. On discute un peu du sujet pour se rassurer. On me demande ce que j'en pense. Lorsqu'on s'installe autour de la table et dès que je pose et que j'oriente le micro, l'air semble subitement s'épaissir. Pourtant, ce n'est pas grand chose, un micro. L'appareil en lui-même n'est pas impressionnant ; il ne doit pas mesurer plus de dix centimètres de hauteur et il ressemble à un de ces vieux téléphones portables, un peu démodés, comme on en faisait au début des années 90. 

    Le voyant clignote, j'enfile mon casque, levoyant ensuite se stabilise et l'air semble alors, pour moi, s'éclaircir et devenir limpide : le son est cristallin et même le silence est amplifié. Il faudra quelques secondes avant que je n'entende une voix ou un raclement de gorge, il faudra encore quelques minutes avant que les balbutiements, les hésitations ne deviennent une parole - à ce moment-là, je n'ai plus qu'à écouter.


     

      Pye Marlot, 33 ans, vit et travaille à Châteauroux (Indre, FRANCE).
     

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    Réalité(s). Avec un S entre paranthèses, cette simple lettre, dès que l'on parle de réalité, fait bouillonner toute la philosophie :  comment ce qui est "effectivement" pourrait être "autrement" ou pis, "pluralement" ? 


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    ... ton prochain comme toi-même


     
     

    ... ton prochain comme toi-même, cette phrase du Nouveau Testament est ici réduite à une formule volontairement elliptique, c'est une "équation à deux inconnues", nous dit Yann : qui est le prochain ? qui suis-je ? Et pourquoi, et comment, dois-je et puis-je aimer ce prochain, cet autre qui m'est étranger ?

     

     


    « En réponse à la question posée sur le premier des commandements, Jésus dit :

    - Le premier, c’est : « Ecoute Israël ! Le Seigneur notre Dieu est l’Unique Seigneur ; et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force !’ » Voici le second : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

    (Marc 12, 29-31) 


    La citation, extraite de la Bible, est volontairement tronquée et réduite à une formule : (…) ton prochain comme toi-même. Elle met non seulement en jeu des thèmes majeurs de la philosophie, à savoir l'impossible (ré)conciliation entre Moi et Autrui, mais elle les place aussi et surtout sur les deux plateaux d'une balance : (…) toi-même comme ton prochain est un jeu d'équilibre et elle implique une difficile mais juste pondération entre deux moi, aussi étrangers l'un à l'autre qu'à eux-mêmes.

    L'ellipse du verbe fait de cette phrase du Christ un précepte plus que jamais universalisable, tel un nouvel impératif catégorique, et l'aposiopèse nous sert ici d'artifice pour initier le questionnement philosophique : (connais) ton prochain comme toi-même, (juge) ton prochain comme toi-même et enfin (respecte) ton prochain comme toi-même. On comprend tout de suite que notre discussion ne peut pas se limiter à une analyse simplement théologique de cette formule, car ainsi formulé, (…) ton prochain comme toi-même renvoie à des interrogations éthiques et morales mais aussi de l'ordre du droit et de la justice.


    (Aime) ton prochain comme toi-même, « et qui est mon prochain ? », demande Luc à Jésus (Luc 10, 26-37). Et qui est ce « moi-même » que je suis déjà sensé aimer ? Il s'agit d'une « équation à deux inconnues », nous dit Yann : comment puis-je aimer mon prochain, moi qui ignore qui je suis ? On se rappelle alors les mots gravés sur le frontispice du temple de Delphes et la phrase de Socrate, ce principe premier de la philosophie grecque, qui ordonnaient avant toute chose de se connaître soi-même : être humble devant les dieux comme devant ses pairs, prendre conscience de soi et de sa condition d'homme dans l'univers pour rechercher la sagesse (sophia, en grec), c'est-à-dire non pas la simple vertu mais le savoir, la connaissance. Aimer son prochain, cela implique donc de le connaître comme soi-même. C'est le second commandement divin et notre premier devoir envers autrui : « Celui qui n'imagine rien ne sent que lui-même, il est seul au milieu du genre humain », écrivait J.-J. Rousseau dans son Essai sur l'origine des langues (1781), mais cette connaissance d'autrui est-elle seulement possible ?


    (Juge) ton prochain comme toi-même, puisque tu cherches à connaitre ton prochain comme toi-même : le travail sur soi, la connaissance du monde et la quête de la sagesse sont des chemins longs et difficiles, semés d'embuches et d'épreuves, d'erreurs ou de renoncements. Le prochain n'est pas un autre parmi « les autres », c'est un alter ego auquel je peux m'identifier, avec qui je partage des valeurs et un univers de sens; c'est un autre moi dont je peux comprendre les passions, les mobiles et les actes, et de ce fait, dont je peux expliquer et pardonner les fautes. Toutefois, ce prochain, pour autant qu'il me ressemble, reste toujours un étranger (du latin extraneus, « exterieur à »), à la fois proche et distant, ressemblant et inaccessible, sympathique (« qui souffre avec », et partant « qui a des affinités avec ») et hostile (hostilis, en latin, peut aussi prendre le sens d'« étranger »).


    (Respecte) ton prochain comme toi-même, puisque - en dépit de ses différences et de la distance qui nous séparent les uns des autres - il est un être humain comme toi, et c'est l'humanité en lui que nous aimons, que nous cherchons à connaitre et à comprendre, que nous jugeons ou condamnons, mais que toujours nous respectons. Respecter son prochain, c'est renoncer à voir en lui une limite négative à nos intérêts personnels et nos droits naturels ; c'est, paradoxalement, reconnaître sa singularité en tant qu'individu et notre communauté en tant qu'être humain : « L'autre, c'est le prochain », écrit E. Lévinas, dans De l'existence à l'existant (1947), mais cette proximité n'est pas une fusion, car l'autre reste à jamais « ce que moi je ne suis pas » et notre relation est, en ce sens, contrainte à être asymétrique.

     


    ton prochain comme toi-même, ou se considérer soi-même comme un autre, c'est poser une équation à deux inconnues et, comme en mathématiques, c'est faire en sorte que la valeur de ces deux inconnues garantissent l'égalité effective des deux membres de l'équation – bref, c'est chercher à trouver une solution. 

    Toulouse, avril 2011.


     

    PLAYLIST

    Susheela Raman : Meanwhile 

    Alpha : Song of silence 

    Four Tet : Weight of my words 

    Cascadeur : Walker 

    Clarika : Bien mérité 

    Joanna Newsom : Occident 

    Michael Jackson : Earth song

    Abed Aziré : L'évangile selon Jean

     

     REFERENCES

    Homèlie du dimanche 20 février 2011 : La sainteté n'est pas accordée à la loi, mais à l'amour, http://www.unfeusurlaterre.org/qehelata/

    L'évangile du dimanche 26 octobre 2008, http://www.youtube.com/watch?v=BbJVOGxYPxs

    Philippe Cormier : Aimer son prochain comme soi-même, extrait d'une conférence donnée lors des Rencontres de Sophie à Nantes, dans le cadre de l'abécédaire, en mars 2011 et publiée aux Éditions M-Éditer, http://www.youtube.com/watch?v=AcNsGWb5HWk

    Stéphane Einhorn : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, www.terrafemina.com

    Martin Niemöller : First they came, http://www.youtube.com/watch?v=raLQZqF_Jmo

    Extraits du du film Jesus de Nazareth de Franco Zeffirelli (1977).


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